Erreur de surface loi Carrez : quel recours pour l'acheteur, et combien pouvez-vous récupérer ?
Votre appartement fait moins que la surface Carrez de l'acte ? Au-delà de 5 % d'écart, vous pouvez exiger une baisse de prix proportionnelle, sous un an. La démarche étape par étape.

Ce que dit la loi Carrez, en deux minutes
La loi Carrez impose au vendeur d'un lot de copropriété (appartement, local commercial, chambre de service, à partir de 8 m²) de mentionner la surface privative dans la promesse de vente puis dans l'acte authentique. Elle figure à l'article 46 de la loi du 10 juillet 1965 sur la copropriété, et vous en trouverez un résumé clair sur service-public.fr.
Attention à ne pas confondre : la surface Carrez compte les surfaces closes et couvertes dont la hauteur sous plafond atteint au moins 1,80 m, après déduction des murs, cloisons, marches, gaines et embrasures de portes et fenêtres. Balcons, terrasses, caves et parkings n'en font pas partie. C'est une mesure différente de la surface habitable du bail, et si le sujet vous intéresse j'ai détaillé ce qui distingue la surface Carrez de la surface habitable loi Boutin.
Deux précisions qui comptent pour vous. D'abord, une maison individuelle vendue hors copropriété n'est pas soumise à la loi Carrez : pas de recours sur ce fondement, même si la surface annoncée était fantaisiste. Ensuite, la loi ne protège qu'à sens unique : si l'appartement fait plus grand que prévu, le vendeur ne peut rien vous réclamer.
Le seuil des 5 % : la règle qui fait tout basculer
Voici le cœur du dispositif. Si la surface réelle est inférieure de plus d'un vingtième (5 %) à la surface mentionnée dans l'acte, vous pouvez exiger une diminution du prix proportionnelle à la moindre mesure. Si l'écart est de 5 % ou moins, la loi considère que c'est une tolérance de mesurage et vous n'avez aucun droit à réduction.
Prenons un exemple concret, avec des chiffres ronds. Vous avez acheté 300 000 € un appartement affiché à 60 m² Carrez. Vous mesurez 56 m².
- Écart : 4 m², soit environ 6,7 % de la surface annoncée. On dépasse les 5 %, le recours est ouvert.
- Réduction : elle se calcule sur la totalité des 4 m² manquants, pas seulement sur ce qui dépasse le seuil. Soit 300 000 € × 4 / 60 = 20 000 €.
Même appartement, mais vous mesurez 58 m² : l'écart tombe à 2 m², environ 3,3 %. Sous les 5 %, pas de réduction possible, même si ça vous semble injuste. Le calcul est mécanique : prix de vente multiplié par la surface manquante, divisé par la surface annoncée, et uniquement si l'écart dépasse 5 %.
Un an pour agir, et pas un jour de plus
Le délai est court et il est impitoyable : vous disposez d'un an à compter de la signature de l'acte authentique chez le notaire pour intenter l'action en diminution du prix. Pas à compter du jour où vous découvrez l'erreur, pas à compter du compromis. Passé ce délai, vous êtes forclos, c'est-à-dire que le tribunal rejettera la demande sans même examiner le fond.
Et c'est là que beaucoup d'acheteurs se font avoir. Un courrier recommandé au vendeur ne suspend pas ce délai. Seule une action en justice (une assignation devant le tribunal judiciaire) l'interrompt. Donc si la négociation amiable traîne et que vous approchez des onze mois, il faut assigner, quitte à poursuivre les discussions ensuite.
Cas à part : si l'acte ne mentionne aucune surface Carrez du tout, vous pouvez demander la nullité de la vente, mais seulement dans le mois qui suit la signature. En pratique, le notaire bloque la signature tant que la mention manque, donc ce cas reste rare.
La démarche, étape par étape
Vous avez un doute parce que vous avez tiré un mètre ruban dans le salon ? Ne vous arrêtez pas là, un mesurage amateur ne vaut rien devant un vendeur ou un juge. Voici l'ordre dans lequel procéder.

- Faites remesurer par un professionnel. Diagnostiqueur immobilier ou géomètre-expert, peu importe, mais demandez un certificat de mesurage Carrez en bonne et due forme, avec le détail pièce par pièce. Comptez en général de l'ordre de quelques dizaines à un peu plus d'une centaine d'euros selon la taille du bien et la ville. C'est l'investissement le plus rentable de l'affaire.
- Comparez avec l'attestation du vendeur. Elle est annexée à l'acte. Regardez d'où vient l'écart : une pièce sous pente comptée à tort sous 1,80 m, une véranda non close, une mezzanine. Parfois l'explication est évidente.
- Écrivez au vendeur en recommandé avec accusé de réception. Joignez les deux mesurages, posez votre calcul, demandez le remboursement de la différence. Mettez le notaire en copie, il a tout intérêt à ce que le dossier se règle proprement.
- Si ça bloque, assignez avant la fin de l'année. Pour une demande qui dépasse 10 000 €, l'avocat est obligatoire devant le tribunal judiciaire. En dessous, vous pouvez agir seul, mais une garantie protection juridique dans votre assurance habitation peut prendre en charge les frais.
Dans une bonne partie des cas, l'affaire se règle au stade du recommandé. Pourquoi ? Parce que le vendeur sait que la loi est claire, et surtout parce qu'il peut se retourner contre le diagnostiqueur qui a commis l'erreur pour récupérer tout ou partie de ce qu'il vous rembourse. Vous pouvez le lui rappeler, ça aide à débloquer.
Les pièges qui font perdre le recours
Quelques situations que je vois revenir, et qui changent la donne.
- La surface était juste dans l'acte mais fausse dans l'annonce. La loi Carrez ne s'applique qu'à la surface portée dans l'acte. Une annonce gonflée sur un portail immobilier ne vous donne pas droit à réduction Carrez. Reste éventuellement une action pour publicité trompeuse ou dol, bien plus incertaine.
- Vous avez signé une clause de renonciation. Elle n'a aucune valeur : la loi Carrez est d'ordre public, on ne peut pas y renoncer par avance dans un compromis.
- Le vendeur avait mentionné une surface « approximative » ou « environ ». Ça ne le protège pas non plus. Ce qui compte, c'est le chiffre inscrit.
Et si l'écart est inférieur à 5 % mais qu'on vous a caché autre chose (humidité, structure, nuisances), le terrain juridique n'est plus le même. Il faut alors regarder du côté de l'action en garantie des vices cachés après l'achat, qui obéit à ses propres délais et conditions.
Dernier point : contrairement à beaucoup de diagnostics, le mesurage Carrez n'a pas de durée de validité tant que le bien n'a pas été modifié. Pour vous y retrouver dans ce qui expire et ce qui ne périme pas, j'ai fait le tour de la validité de chaque diagnostic immobilier dans un guide dédié.
Et côté argent, qu'est-ce qu'on récupère vraiment ?
La réduction porte sur le prix de vente. Une partie des frais de notaire calculés sur l'excédent peut en principe être restituée, mais ce n'est pas automatique : il faut en faire la demande via le notaire. Les frais d'agence, eux, restent en général acquis. Et si vous avez emprunté, la banque ne réajuste pas le prêt : vous récupérez une somme, libre à vous de la réinjecter en remboursement anticipé ou de la garder pour les travaux.
Avant d'écrire au vendeur, faites valider votre calcul : l'ANIL propose des consultations gratuites avec des juristes dans chaque département.
Questions fréquentes
L'écart est de 4,8 %, je n'ai vraiment aucun recours ?
Pas sur le fondement de la loi Carrez, le seuil d'un vingtième est strict. Vérifiez en revanche que le mesurage du vendeur n'a pas compté des surfaces exclues (sous 1,80 m, balcon fermé après coup) : ça peut faire basculer l'écart au-delà des 5 %.
Qui paie la contre-mesure si j'ai raison ?
Vous l'avancez. Si le dossier se règle à l'amiable, vous pouvez demander au vendeur d'en rembourser le coût dans l'accord. Devant le tribunal, le juge peut l'inclure dans les frais mis à la charge de la partie perdante.
Le vendeur peut-il refuser en disant que ce n'est pas sa faute mais celle du diagnostiqueur ?
Non. Vis-à-vis de vous, c'est le vendeur qui est tenu à la réduction du prix. À lui ensuite de se retourner contre le diagnostiqueur pour obtenir réparation, ce qui est fréquent et généralement couvert par l'assurance professionnelle de ce dernier.
J'ai dépassé le délai d'un an, c'est définitivement perdu ?
Pour l'action en diminution du prix Carrez, oui. Il reste des voies très incertaines (dol si vous prouvez que le vendeur connaissait l'erreur et l'a cachée), mais elles sont coûteuses et aléatoires. D'où l'importance de faire mesurer dans les premiers mois suivant l'achat, idéalement avant même d'emménager.


